Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 12:26

Fibre optique2 02Pourquoi insister sur cet investissement? La dépense est supérieure à 50 millions d'euros que nous,les contribuables, devons débourser et nous sommes donc en droit d'exiger des résultats et cela d'autant plus que notre Président a été alerté depuis plusieurs années sur les doutes des spécialistes sur le résultat de cette dépense.

Très haut débit : un Réseau Unique pour libérer la (vraie) concurrence ?

15 12 2010

 « Nous n’avons besoin que d’un réseau de fibre optique mais nous en avons besoin dans tout le pays, même dans les régions considérées comme non rentables par les investisseurs »

Cette déclaration du premier ministre australien, Julia Gillard, pose à notre avis, la problématique d’un aménagement du territoire équilibré entre villes et campagnes axé sur le rétablissement d’une « certaine égalité entre les régions isolées et les grandes villes ».Et quand il est dit dans l’article du hors série « Le monde en 2011 » de courrier international d’où est extraite cette déclaration « le réseau de fibre optique pour les particuliers sera rentabilisé en moins d’une décennie » la question du réseau unique mérite à tout le moins d’être posée.

Le gouvernement français, qui affirme un principe de « concomitance » entre urbain et rural n’a pas (encore ?) fait ce choix . S’est-il donné pour autant les moyens de ses ambitions ? Nous ne sommes pas les seuls à nous interroger. Toutes les collectivités territoriales régionales et locales manifestent leurs inquiétudes, l’assemblée des départements de France ayant voté récemment pour sa part une motion dans laquelle elle estime qu’ »en subordonnant l’initiative et l’investissement publics aux perspectives de rentabilité espérée par les opérateurs privés, le plan gouvernemental ne pourra que déboucher sur de nouvelles fractures numériques tant en zones rurales qu’urbaines« . Les risques de divergence entre l’intérêt des opérateurs privés et l’intérêt général sont réels, poursuit l’ADF. Ce que l’ADF qualifie de « risques » est pour nous une certitude, l’aménagement du territoire n’ayant jamais été dans la mission du marché !

La généralisation du très haut débit est aujourd’hui un élément essentiel d’aménagement du territoire . Pour la Datar (Délégation à l’aménagement du territoirel’accès aux technologies de l’information et de la communication est l’un des facteurs clés de l’attractivité et de la compétitivité des territoires ».Cette conviction a été réaffirmé maintes fois par nos décideurs, à commencer par le président de la république dans son discours de clôture des assises des territoires ruraux et par le premier ministre lors du lancement du plan très haut débit. Reste à se mettre d’accord sur les notions de très haut débit et d’aménagement du territoire .

Qu’est ce que le vrai très haut débit ?Le sénateur Maurey, dans son rapport, est très clair « le très haut débit est caractérisé par un débit symétrique de 100 Mbit/s ou plus ».Quant au support capable d’atteindre de telles performances « Les technologies alternatives disponibles n’offrant pas des performances de même qualité que la fibre, l’Etat doit donc porter une ambition forte en matière de pénétration de la fibre optique,au plus profond des territoires.. La fibre optique est « la » technologie du très haut débit ». Le sénateur ajoute à l’intention des éventuels sceptiques « aucune solution alternative à la fibre n’apportera une qualité de service comparable. Il convient de le mentionner explicitement pour éviter toute ambiguïté ».Voilà qui est dit et bien dit !

Quant à l’aménagement du territoireil suffit de se reporter à la définition donnée par Eugène Claudius Patit en 1950 et qui a fait ses preuves avec, entre autres, l’électricité et le téléphone. L’aménagement du territoire c’est « la recherche, dans le cadre géographique de la France, d’une meilleure répartition des hommes en fonction des ressources naturelles et de l’activité économique » Aménager le territoire en fonction de ses ressources naturelles? Que voilà une bonne définition ! Or l’information, matière première de l’économie de la connaissance, est la seule ressource naturelle présente partout …à condition qu’il n’y ait pas de discontinuité dans sa chaîne de transport , laquelle doit pouvoir irriguer l’ensemble du territoire à l’instar de la circulation sanguine dans le corps humai c’est-à-dire sans goulot d’étranglement !

L’aménagement du territoire en fibre optique peut-il se faire de façon juste et équitable sans un aménageur public ?

Le sénateur Maurey lui même émet des réserves : « On ne peut donc pas exclure que l’approche retenue par le Gouvernement, découlant de la volonté de confier principalement l’initiative du déploiement des réseaux aux opérateurs privés, n’offre pas toutes les garanties d’un déploiement rapide et homogène sur l’ensemble du territoire, surtout si l’initiative privée s’avère moins dynamique qu’escompté »

Pour le gouvernement australien, la réponse est clairement NON ! Quand on lui pose la question « pourquoi ne pas laisser le secteur privé gérer la construction d’un tel réseau » la réponse est nette « c’est en partie une question d’économie : un réseau de fibre optique constitue un « monopole naturel » classique ». Le mot « monopole »peut faire 280px-Freiheitsstatue_NYC_full.jpgfrémir certains « libéraux »…sauf, là encore, à bien définir le mot . Si être libéral c’est avoir la liberté de choisir dans un catalogue de services le plus large possible ceux dont j’ai besoin, je veux bien être « libéral » …mais pour avoir cette liberté il faut à l’évidence que ces services puissent être acheminés de façon simple rapide et efficace sur l’ensemble du territoire par des réseaux neutres de très haut débit convergents en fibre optique pour le réseau fixe et à base de fibre optique (points hauts) pour le réseau mobile.

Un réseau « public/privé » ? Compte tenu de l’état des finances publiques l’appel aux capitaux privés parait indispensable. Cela étant, comme on a pu le constater récemment dans d’autres domaines l’interventionnisme fait un retour en force ! Un cadre à la fois contraignant et attractif pour la construction des infrastructures ne peut qu’être favorable à la venue au plus près des abonnés des opérateurs de services nationaux et locaux . On parle de plus en plus de mutualisation mais le temps n’est-il pas venu de rendre cette « nécessité » obligatoireet pas seulement souhaitable tant au niveau des opérateurs ( obligation de co-investir dans un réseau unique) que des collectivités où travaux=tuyaux ne devrait pas être une simple recommandation mais une obligation sous peine de pénalités !

Vive la concurrence, la vraie, celle sur les services !

Depuis des années nous ne cessons de dire que la seule vraie concurrence est celle sur les services Dés juin 2006 , dans un article intitulé « les 3 I du très haut débit» (Indispensable Impossible Innovation nécessaire)  nous pointions l’impossibilité pour les zones rurales de bénéficier du vrai très haut débit sans trouver des solutions originales de partenariat pour construire un réseau unique….avec France Télécom disions nous à l’époque . Si les choses ont évolué, en particulier dans le positionnement de l’opérateur historique, la conviction de « réseau unique » reste inébranlable ! Le président de l’autorité de la concurrence lui même, qui était naguère opposé à la séparation fonctionnelle entre réseau et services n’écarte plus cette solution si elle « s’avère être le seul instrument à même de garantir une concurrence effective»( Source EuroTMT). Pour les zones rurales la question ne se pose même pas tant il est avéré que c’est « le seul instrument à même de garantir une concurrence effective » ! Avec les enseignements du site pilote que nous avons la chance d’avoir obtenu nous espérons pouvoir poursuivre le « combat » en renouvelant nos « vieilles » demandes de dispositions spécifiques pour les territoires ruraux . 

 Les outils qui ont permis de développer le haut débit ne peuvent à l’évidence pas être les mêmes que ceux qui doivent « installer » le très haut débit en France .

En 1998, en confiant au marché le développement d’Internet il s’agissait de relever le défi du haut débit . La concurrence a parfaitement joué son rôle. L’objectif est atteint et la France peut s’enorgueillir d’être aujourd’hui un des pays leaders en termes de haut débit tant sur le plan de la couverture du territoire ( en dépit de zones d’ombre encore trop nombreuses) que sur celui de l’offre de services et des tarifs.

En 2010 la France part dans la bataille du très haut débit avec deux handicaps : le premier un retard certain non seulement sur les pays asiatiques mais aussi sur certains pays européens , le second, beaucoup plus grave à notre point de vue, un cadre règlementaire non adapté à l’aménagement du territoire !

Si l’on veut avoir de bonnes réponses il faudrait à tout le moins poser les bonnes questions ! et ces BONNES QUESTIONS n’ont pas encore été posées ! Mais en s’unissant, collectivités, opérateurs … CITOYENS et LEURS REPRESENTANTS on pourrait peut-être obtenir qu’elle le soient ! Tant que l’on se contentera de réponses par les coûts sans les comparer d’ailleurs aux coûts des autres infrastructures ( 13,7 milliards d’euros par an dans les infrastructures routières pour ne prendre que cet exemple!), tant que l’on n’aura pas eu une réflexion de fond pour tenter de quantifier autant que faire se peut les retombées de ces investissements d’avenir tant sur le plan économique que social, environnemental et sociétal , tant qu’on n’aura pas intégré la construction de ce «(nécessaire) réseau dans une stratégie beaucoup plus large d’aménagement du territoire, tant qu’on n’aura pas posé les « bonnes questions », nous n’aurons pas de bonnes réponses ! 

Comme l’a dit un jour un penseur dont je ne retrouve pas le nom « l’erreur est toujours initiale » !

A l’heure où L’Europe est, semble-t-il, décidée à rattraper son retard en matière de très haut débit, pourquoi la France ne déciderait-elle pas d’etre à la pointe de ce défi ? pourquoi la France serait-elle pas l’ « Australie de l’Europe » ? Elle a ( moins que l’Australie !) de grands espaces ….et un « investissement d’avenir »du même ordre (30 milliards) pour fibrer son territoire !

Pierre Ygrié

15 décembre 2010

 

Partager cet article

Repost 0
Published by moulin - dans Depenses
commenter cet article

commentaires